Dernier arrosage matinal. Dernier petit dejeuner copieux prepare par Jose Luis. Je dis Adieux a la ferme, a la pioche et au ventre gonfle que me donnait les produits laitiers fait maison. Mon
hote m'accompagne jusqu'a l'arret de bus de General Cepeda. Embrassades. Reviens quand tu veux... Je suis la seule etrangere dans le bus.
Les yeux rivés à la fenêtre, les oreilles fermées par les ecouteurs de mon telephone portable qui m'inondent le coeur de patriotisme mexicain, je laisse voguer mes pensees. Les maraichis
roulent passionnement les R pour me chantent des "rancheros"... hymnes au mexique traditionnel, combat de coq, cervezas y tequilas, comida rica, et surtout des histoires d'amours melo, melo...
Apres ce bain de pathos, je lance la Sonora Dynamita, "una banda bien famosa" qui me fait battre du pied et regretter ma position assise. Je decouvre la Cumbia et son appel a la dance. Ainsi, je
fuis le film americain qui agite les petits ecrans qui ponctuent la rangee de sieges. J'ai tiré le rideau bleu roi qui tapisse toutes les vitres et tamise l'atmosphere. Perçée de lumiere,
une ouverture sur les paysages semi-desertiques qui peu à peu se transforment. Nous approchons de Guadalajara. La cote pacifique n'est pas si loin. La vegetation se fait plus opulente.
Les arbres se sont multipliés. Ils se dressent vers le ciel, plus hauts, plus imposants. Ils soulignent l'architecture des champs. La pratique de l'agriculture (principalement le maïs) morcele le
paysage. Touches sombres et cornues qui piquettent les collines, allongent des cous charnus pour brouter le vert dense qui recouvre les couteaux. Je repense aux pauvres vaches de la ferme de
General Cepeda. Elles qui, sous le soleil cruel, arpentent en vain des champs de terre craquelée où ne poussent qu'epines et herbes incommestibles. Elles dépérissent de faim tandis que
l'astre brulant devore jusqu'à la couleur du sol. Egalité, que ce mot est beau et plein de lettres ! Pour l'heure, les differences naturelles me travaillent au ventre.
Au detour d'une montagne, l'horizon s'ouvre soudain . Une vallee apparait. Des monts aux pentes douces couronnent un large fleuve tranquile, a moins que ce ne soit un lac. Un puits de rayons tombe du ciel voilé de nuages. Une douce lumiere de fin d'apres-midi caresse la scene. Je repense aux paysages desertiques du Nord, a sa terre omnipresente, a ses fissures, a ses cactus qui defient le soleil ecrasant, a ses brumes qui couvrent les montagnes lointaines quand la chaleur est a son comble. Et de l'autre cote de la vitre, le betail, opulent, se gave d'herbe fraiche et se reposent a l'ombre des arbres. L'emotion me serre la gorge. Y a-t-il une justice naturelle ?
Guadalajara, avec sa couronne de montagnes, s'etale en contre-bas, ocean de toits et de couleurs, gigantesque fourmilliere humaine qui promet agitation et polution. Apres cinq mois a me balader entre nature grandiose et ville de petite taille, ca fait un choc. Et apres un mois de travail dans une petite ferme bio, en milieu hostile, ca destabilise carrement.
Le bus plongent dans les prondeurs goudronnees de la megalopole. Guadalajara. Premiere grande ville de mon voyage. Une semaine d'arret. Ou plus, ca va dependre de la reponse de la ferme bio dans laquelle je me tate a travailler, dans le potager et en tant que graphiste. Je descends et recupere mes sacs dans la soute. Juan, mon contact a Guadalajara, n'est pas encore arrive. Ca me soulage. Je me sens incapable d'echanger les civilites de rigueurs pour l'instant. Je suis dans une sorte d'etat de choc. J'attends Juan sur le trottoir de la centrale, étonnée et confuse. Il arrive quelques minutes plus tard, dans une Massa 626 verte. Il me presente Terri, sa copine. Le couple me semble bien mal assorti.
Nous optons pour aller boire une biere en ville. Les pates de maisons defilent. Tout est bas, de confection sommaire, plus ou moins colore. Rien a voir avec Paris. Ce soir, je vais dormir dans la maison d'un ami de Juan, avec sa copine et ses deux enfants. On va l'appeller un peu plus tard. Pour l'heure, on se desaltere et on fait connaissance.






