Présentation

Envie de Dire...

VDI  (Voyage à Durée Indéterminé) à travers les Amériques. Pas d'argent, mais du temps et un sac a dos. Enfin une autre forme de richesse à explorer, sous le ciel gigantesque qui balaye les nuages et découvre le soleil, entre nature et civilisations, océans et  montagnes, bidons villes et mégalopoles. Encore, toujours, cet envie de découvrir et de créer.

Me voilà, âme voyageuse qui prend enfin le temps de l’être. Me voilà, archétype occidentale détachée de son moule. Me voilà, parcelle d’humanité qui espère s’affranchir, grandir, en écoutant cette petite voix intérieure, qui un jour m’a dit : Part, ta vie est ailleurs.

Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 04:17

 

Dernier arrosage matinal. Dernier petit dejeuner copieux prepare par Jose Luis. Je dis Adieux a la ferme, a la pioche et au ventre gonfle que me donnait les produits laitiers fait maison. Mon hote m'accompagne jusqu'a l'arret de bus de General Cepeda. Embrassades. Reviens quand tu veux... Je suis la seule etrangere dans le bus.

Les yeux rivés à la fenêtre, les oreilles fermées par les ecouteurs de mon telephone portable qui m'inondent le coeur de patriotisme mexicain, je laisse voguer mes pensees. Les maraichis roulent passionnement les R pour me chantent des "rancheros"... hymnes au mexique traditionnel, combat de coq, cervezas y tequilas, comida rica, et surtout des histoires d'amours melo, melo... Apres ce bain de pathos, je lance la Sonora Dynamita, "una banda bien famosa" qui me fait battre du pied et regretter ma position assise. Je decouvre la Cumbia et son appel a la dance. Ainsi, je fuis le film americain qui agite les petits ecrans qui ponctuent la rangee de sieges. J'ai tiré le rideau bleu roi qui tapisse toutes les vitres et tamise l'atmosphere. Perçée de lumiere, une ouverture sur les paysages semi-desertiques qui peu à peu se transforment. Nous approchons de Guadalajara. La cote pacifique n'est pas si loin. La vegetation se fait plus opulente. Les arbres se sont multipliés. Ils se dressent vers le ciel, plus hauts, plus imposants. Ils soulignent l'architecture des champs. La pratique de l'agriculture (principalement le maïs) morcele le paysage. Touches sombres et cornues qui piquettent les collines, allongent des cous charnus pour brouter le vert dense qui recouvre les couteaux. Je repense aux pauvres vaches de la ferme de General Cepeda. Elles qui, sous le soleil cruel, arpentent en vain des champs de terre craquelée où ne poussent qu'epines et herbes incommestibles. Elles dépérissent de faim tandis que l'astre brulant devore jusqu'à la couleur du sol. Egalité, que ce mot est beau et plein de lettres ! Pour l'heure, les differences naturelles me travaillent au ventre.

Au detour d'une montagne, l'horizon s'ouvre soudain . Une vallee apparait. Des monts aux pentes douces couronnent un large fleuve tranquile, a moins que ce ne soit un lac. Un puits de rayons tombe du ciel voilé de nuages. Une douce lumiere de fin d'apres-midi caresse la scene. Je repense aux paysages desertiques du Nord, a sa terre omnipresente, a ses fissures, a ses cactus qui defient le soleil ecrasant, a ses brumes qui couvrent les montagnes lointaines quand la chaleur est a son comble. Et de l'autre cote de la vitre, le betail, opulent, se gave d'herbe fraiche et se reposent a l'ombre des arbres. L'emotion me serre la gorge. Y a-t-il une justice naturelle ?

 

Guadalajara, avec sa couronne de montagnes, s'etale en contre-bas, ocean de toits et de couleurs, gigantesque fourmilliere humaine qui promet agitation et polution. Apres cinq mois a me balader entre nature grandiose et ville de petite taille, ca fait un choc. Et apres un mois de travail dans une petite ferme bio, en milieu hostile, ca destabilise carrement.

 

Le bus plongent dans les prondeurs goudronnees de la megalopole. Guadalajara. Premiere grande ville de mon voyage. Une semaine d'arret. Ou plus, ca va dependre de la reponse de la ferme bio dans laquelle je me tate a travailler, dans le potager et en tant que graphiste. Je descends et recupere mes sacs dans la soute. Juan, mon contact a Guadalajara, n'est pas encore arrive. Ca me soulage. Je me sens incapable d'echanger les civilites de rigueurs pour l'instant. Je suis dans une sorte d'etat de choc. J'attends Juan sur le trottoir de la centrale, étonnée et confuse. Il arrive quelques minutes plus tard, dans une Massa 626 verte. Il me presente Terri, sa copine. Le couple me semble bien mal assorti.

Nous optons  pour aller boire une biere en ville. Les pates de maisons defilent. Tout est bas, de confection sommaire, plus ou moins colore. Rien a voir avec Paris. Ce soir, je vais dormir dans la maison d'un ami de Juan, avec sa copine et ses deux enfants. On va l'appeller un peu plus tard. Pour l'heure, on se desaltere et on fait connaissance.

Par Delphine C - Publié dans : Recis de voyage
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 16 juin 2010 3 16 /06 /Juin /2010 19:23
  • Située dans le desert du Nord, Cuarto CIenegas est une charmante petite ville, prospere, dans une zone de protection de la faune et de la flore.
  • Comme la Sierra Madre Oriental (chaine montagne a l'est du pays), la Vallée de Cuatro Ciénegas emerga de la mer il y a plusieurs d'années, mais l'eau ne se retira pas completement. Aujourd´hui survit un systeme complexe de puits, de fleuves souterains, de lacs et de marecages qui ont permis de conserver un ecosysteme de plus de 70 especes endemiques. Des fossilles vivants, en quelques sortes.
  • Je suis logée par la famille de la belle-fille de Maury (ma professeur de Tortillas de harina de General Cepeda). Ils sont adorables et me trimballent a droite a gauche pour me faire decouvrir la region.

     


    Imagen 001



    Quelle dommage que mon appareil photo fonctionne si mal (impossibilité de faire des photos nettes)... La beauté des paysages ne pourra se graver que dans mon mentale, et quelques images de mauvaises qualité. Montagnes rocheuses, dunes de sables blancs qui a traverser les temps, mine de marbre blanc et au detour de chemins de terres bordes de cactus, le bleu turquoise d'une lagune dans laquelle nous nous sommes baignés (et nous etions les seuls !!! car cette proprieté du village voisin etait fermee au public).

    Imagen 013

    Moments de detente apres un mois de labeur. Accueil charmant. Avant de partir la fille charge mon telephone portable de musiques et chansons mexicaines tandis que la mere me bourre le sac de confiserie faites maisons (a base de confiture de lait, de noix et de pate de fruit)... de quoi voyager tranquille.
    On me fait decouvrir la Michelada, biere alongée au jus de tomate et relevé de sauce qanglaise et de piment. Tres bon !!!

 

 

 

Par Delphine C
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /Juin /2010 23:41
  • El chuzo : petite ferme/rancho bio du reseau wwoof qui tente de repousser les limites du desert en travaillant un bout de cette terre aride qui s'etend au Nord du Mexique. Conctruction bio, energie solaire et moulin a vent, 1 ane (pour labourer la terre a l'occasion), 3 vaches dont 1 laitiere, 1 truie qui accouche, quelques jours apres mon arrivée, de 7 petites crottes roses qui font de droles de bruits, des poules... Des arbres fruitiers qui, pour la premiere annee, devraient tous donner des fruits, et enfin 2 potagers dont un assez grand dans lequel je travaille.
  • Un couple sympathique de trentenaire : Bernardo, un mexicain qui a travaillé 6 ans dans le bassin mediteranéen, dans des fermes bio, avant de revenir a sa terre natale pour y commencer son projet, et Anne, sa compagne francaise venue comme volontaire il y a 5 ans. Tombée amoureuse de Bernardo, du projet, elle s'occupe aujourd'hui des potagers (enfin, en ce moment moins qu'il ne le faudrait) de son petit gars de 4 ans, et de la jolie Limaya, agee de 3 mois.
  • Mon hotesse de charme : Jose-Luis, le pere de Bernardo, un fin gourmet et cuisiné passionné d'histoire qui partage la maison principale avec moi, la seule volontaire du moment. La phobie de la grippe mexicaine tarie le flots de volontaires... Je suis choyée comme une princesse et grossie a vu d'oeil.

    General-Cepeda 4944

    Le grand potager bio n'a pas recu de soins depuis bien longtemps (grossesse et jeune bébé obligent). J'arrive dans une jungle. On me charge de remettre le tout en etat. Il me faut  suer sous le soleil de plomb pour tenter de faire disparaitre les virulentes mauvaises herbes qui envahissent les "lits" de culture. La terre est parfois dure comme la pierre, les plantes autochtones s'accrochent si profondement dans le sol que les extraire s'apparente plus a un calvaire qu'a du jardinage. Une fois le nettoyage fini, je suis prepare les lits de terre pour planter pousses ou semis. J'apprends a faire de la confiture de lait au feu de bois, du fromage frais, des yahourt... 

    Nous cuisinons chacun notre tour a midi, repas communautaire. L'ambiance est bonne bien que le jeune couple soit creuvé par les jeunes enfants malades et le projet a faire tourner. Je m'entends bien avec Anne, nous nous discutons parfois, toute les deux, de la France et de notre vie respective. Mais les enfants la rappellent vite a l'ordre.

    Je réapprends a me lever tot (avec le soleil) et a me coucher avec les poules. Je decouvre certains muscles de mon corps, principalement celui des mains.

    C'est sur, travailler la terre est fatiguant mais quelle paix interieure cela me procure ! Je ne serais jamais fermiere, mais  l'idee d'avoir des poules et un potager chemine... pour le jour ou je poserai mes sacs.

    Une amie de Jose Luis, la gentille et noble Maury, experte en tortillas de harina caseras (delicieuses galettes de farine de ble, faites maison) m'enseigne les secrets de leurs fabrication. Si j'excelle dans l'art de petrir la pate, la forme de la galette et sa regularite laisse encore a desirer.


    Apres un mois de travaille, je quitte ce beau petit  monde, heureuse de reprendre la route et forte de cette belle experience. Direction Cuatro Cienegas, plus au Nord, ou la belle fille de Maury m'attend. Je veux aller voir le bout de desert de sable blanc et quelques tortues et poissons qui n'existent plus que la-bas.





 

 

 

Par Delphine C - Publié dans : Fiche etape
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 23:28
  • Premiere relativement grande ville mexicaine dans laquelle je sejourne. Je ne prends pas le temps de visiter l'agglomeration qui, a priori, ne recele rien d'exceptionnel. C'est juste une grande ville mexicaine pleine de monde, d'agitation, de couleurs et de narcotraficants qui reglent leur comptes dans le sang.
  • Je loge chez Mayra, une femme fraichement rencontre (voir article precedent), avec ses deux fils (7 ans et 3 mois). Nous dormons tous dans le meme lit.
  • Je passe presque 5 jours a ecrire, d'abord sur le papier puis sur internet. J'ai conté au proprietaire du Cyber mes problemes d'argent. Il me laisse utiliser ses machines autant que je veux, sans payer. Merci Jairo !

    x Cuauhtemoc 01

    Une petite maison sans luxe. Un sol sans revetement. Une chambre avec un grand lit, un petit poele, une commode et une armoire de recup. Et une grosse tele qui fonctionne du reveil au couché. Dans la petite cuisine, il y a une petote table, un frigidaire capricueux, deux plaques a gaz et une vieille commode garnie d'assiettes en plastique et autres ustensiles bon marché. Le salon vaut son appellation au canape qui y sejourne, solitaire, a coté de la longue commode, surmontée d'un miroir, qui fait office de salon de beauté de Mayra. Un bric-a-brac d'objet pour bebe bouche un coin. Il y a sur le mur un poster de  la Guadalupe. Parfois Mayra fait bruler une bougie en son honneur. Cela ne l'empeche nullement de jurer comme un chartier, de m'enseigner la bases de son vocabulaire, et de me faire des interrogations orales devant convives.  La radio, toutes les demi heures, clame les nouvelles de la vie a Cuauhtemoc. Supers promotions, dernieres violences-reglements de compte de narco-traficants, campagne d'encouragement a aller voter democratiquement... et a denoncier ceux qui tentent d'acheter ou de faire pression sur votre vote. Au fond, la salle de bain tombe en ruine ; la douche est presque au dessus des toillettes ; elle ne crache que de l'eau froide. Le robinet du lavabo est le seul de la maison. Il n'y a pas d'eau chaude.

    Mayra ne travaille pas. Ell
    e attend que le pere du petit dernier, un jeune militaire au solde modeste, lui envoie des sous. Il n'est pas souvent la. Elle est contente que je reste un peu avec elle. Autant que tu veux. Tu es ici chez toi.

    Pour participer et remercier Mayra pour son hospitalite, j'achete a manger. Vu mon budget, je ne peux pas me permettre de les gater plus. Mon hotesse n'a pas le sous mais les amis sont la pour la depanner. Un jour, elle revient avec une nouvelle poussette pour le bebe, plus grande et plus solide. Un autre jour, elle revient avec une gaziniere... Quand il s'agit d'aller faire des courses alimentaires,
    pas d'bol, elle n'a plus de sous. Je regale donc, nourriture et cigarette, sans y prendre plaisir. Ce n'est pas que je me ruine. Je n'aime simplement pas qu'on me force la main, encore moins quand on le fait avec hypocrisie. Mais ainsi est Mayra, une joyeuse quemendeuse, sans peur et sans culpabilité. Bien sur, rien ne m'oblige a me soumettre a ses demandes. Je peux toujours m'en aller si ca ne me plait pas. Et payer un hotel. Mais mis de cote ces histoires de sous, la co-habitation se passe bien. Je suis contente de decouvrir et de partager une tranche de vie avec Mayra, Jorge (ce gamin m'attendrie beaucoup), Juanito, et les amis de passages. J 'ecris et ameliore mon espanol...
    un beau jour, Mayra me demande si je veux bien recharger de 30 pesos (plus ou moins 2 euros) le telephone portable de sa soeur Pati... pour la remercier de m'avoir offert un pantalon et pris en stop. Dans ma culture quand on offre un cadeau, ce n'est pas pour demander quelque chose en retour, expliquai-je un peu gënée. Enfin, apres reflexion, je decide de mettre mon orgueil de cote et d'offrir les 30 pesos a Pati, grace a qui je suis tout de meme ici aujourd'hui. 
    Le lendemain, Mayra revient avec des habits neufs pour  enfants. Et regardes comme c'est beau. Et regarde moi cette qualite. Je les ai acheter parce que je pense que tu vas nous offrir ces vetements. Ma machoire se decroche. Pardon ? Tu ne veux pas offrir les habits aux enfants ? Non, je n'ai pas les moyens et je n'aime pas qu'on me dises ce que je dois offrir. Je t'offre ce que j'ai : du temps pour dessiner et un peu de nourriture parce que ca me parait essentiel.

    Jorge leve ses deux amandes couleur cafe vers moi. Pourquoi tu ne restes pas vivre avec nous ? Tu me plais bien. Ensemble, on peut dessiner, peindre, faire les courses. Et puis on s'amuse bien tout les deux, pas vrai ? Moi aussi je t'aime bien, mais je dois continuer mon voyage. Je veux pas que tu partes. Mais je dois partir.
    Alors, est-ce que tu veux bien etre ma cousine ? Ta cousine ? Oui. Si tu veux.
    Me voila donc "prima" d'un petit mexicain alto como tres manzanas. Prima par-ci, prima par la. Delphine n'est plus qu'un lointain souvenir. Ca me fait sourire.

 

 

En bref : J'ai passe une semaine a ecrire pour mon blog, en attendant la reponse d'une ferme bio.  J'ai partage le quotidien de cette petite et humble famille de cuauhtemoc. J'ai vu qu'il n'etait pas facile pour le mexicain moyen, de compendre qu'on pouvait etre francaise en voyage et sans argent. J'ai fait ma premiere sortie en boite mexicaine, avec le proprietaire du cyber et sa copine. Au cours de la soiree, je me suis fait attrapee par le cheveux par un stereotype feminin au bassin tatoue. Elle m'a gentiment insulter avec des airs de chiennes de garde et m'a demande d'aller danser ailleurs. Elle n'aimait pas que je fasse de l'ombre a sa divine personne. Je me serais volontiers livree a un bras de fer avec cette poule mal lunee (et j'aurais certainement gagne) mais j'ai eu la sagesse de continuer a m'eclater ailleurs, avec les encouragements de ces hommes.

Et pour finir, j'ai eu une reponse positive d'une ferme et je suis partie pour Saltillo.

 

  •  

Par Delphine C - Publié dans : Fiche etape
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /Avr /2010 00:13
  • Petite ville (devrais-je dire village ?) entre Creel et Chihuahua, qui devait seulement être une etape intermediaire sur mon trajet en stop.
  • On m'offre l'hospitalité, une tranche de vie dans une famille tres modeste.


    SanJuanito 08

    San Juanito. La pancarte indique la fin de ma premiere étape en stop. Il est bientôt quatre heure.
    Il y a toujours beaucoup de nuages au dessus de nos têtes. Je n'étais pas très rassurée de voir le conducteur siroter sa bière au volant, mais le trajet s'est bien passé. On a bien rit avec Pati, la femme. C'était marrant de lui apprendre le français et de voir qu'elle ne s'en sortait pas mieux que moi niveau accent. Y'a pas de raison que ce soit toujours les même qui rient des autres. J'espère rapidement trouver une autre voiture pour Chihuahua. Je tiens à arriver dans cette grande ville avant la nuit, c'est plus prudent.

    Nous avons quitté la route principale. Mes conducteurs discutent de l'endroit qui serait le plus strategique pour me deposer. Le coin à l'air miserable. Pati me propose d'attendre une demi-heure chez elle que son ami revienne. Il pourra m'avancer sur ma route. Ca me va. La voiture s'engage dans une allée de terre seche. Montagnes semi-arides du Nord obligent... D'austères batises en bois, coiffée de toles et cernées de barrières bricolées, se partagent le secteur. Tout est gris : terre, pierres, maisons, arbres et montagnes au loin. Les nuages rajoutent une couche. Nous dechargeons la voiture sous la nuée pluvieuse, deux sacs à dos et trois gros sacs poubelles remplis de je ne sais quoi de pesant. Je me demande ce que Pati trimbale là.

    La porte d'entrée s'ouvre sur la cuisine. Une table pas bien grande, revêtue d'une nappe en plastique jaune, couverte de motifs rustauds qui commencent á s'effacer par endroit, couronnée de six chaises en bois massifs qui se serrent pour trouver leur place. Les murs, simples rondins de bois peints de blanc, disparaissent sous des mètres carrés de meubles sombres, construits par la mere de Pati.
    C'est aussi elle qui a fait les chaises. Ca fait l'orgueil de la famille. La salle est obcure. La lumière s'infiltre à peine par la petite fenêtre, surement plus appropriée aux jours de grand beau temps. Un poele ronronne dans un coin ; une femme s'affaire à l'évier. C'est Mayra, la soeur de Pati. Enchantée, je m'appelle Delphine. Comment ? Delphine. Je mime une vague avec la main. Comme l'animal. Et lui, c'est Jorge. Buenas tardes, Jo-ge. "Jor-ge" repete le gamin. Impossible de prononcer correctement ce nom atroce. Nous rions. Jorge a sept ans, il me regarde avec de grands yeux calmes. Il attend que je repete correctement son nom...
    Pati pense qu'il est un peu tard pour faire du stop et pas tres prudent de le faire seule. Ca discute. Les deux soeurs sont d'accord. Je peux rester dormir ici. Demain, une cousine doit aller a Chihuahua en voiture. Elle pourra me prendre
    dans l'après-midi. T'en dis quoi ? Avec plaisir !

    Jorge m'emmene dans "ma" chambre. Nous traversons une piece. Deux lits doubles, une armoire et une television. Autre porte. Capricieuse à ouvrir. Autre chambre, avec deux autres lits doubles, deux grandes armoires en bois sombre et un petit poele noir. La lumiere du dehors eclaire faiblement les lieux. Jorge enleve le linge de bebe qui recouvre le lit. Ce sera mon lit. Je pose mes sacs. Tout est rustique et j'aime ça.
    De retour dans la cuisine je demande au gamin s'il aime dessiner. Oui. Je sors bloc et crayons de couleur. Mayra, sa mere passe en revue mes dessins. Elle est tres impressionnee. Tu pourrais me dessiner le morveux ? Bah... oui, je peux toujours essayer. Jorge se tortille derriere la chaise. Le petit frere vient de se reveiller. Il a trois gros mois dans les joues.  On le change et tante Pati le prend dans ses bras. Elle le fait gazouiller. Mayra a les mains libres pour pianoter sur son telephone portable. Elle veut aussi que je dessine le petit Juan. Je la sens bien partie pour me demander de dessiner toute la famille.  Juanito est sage comme une image de frigidaire, mais tout de meme plus animé. L'esquisser s'avere difficile. Le dessin a peine fini, on me presse pour passer au suivant. Jorge est tout intimidé. Chaque fois que je le scrute du regard, il part en fou-rire. Sans bouger, le temps lui parait long. Je suis fatiguee, maman. Attends que Delphine ait terminé le dessin. Pfff. Le voila qui baille, s'approche de la table. Sa position s'affaisse. Son bras se pose sur la table, sa  tete  se pose dans le creux de son coude. Il s'endort, la bouche ouverte.xx Dibujo JorgeDormiendo

    Maintenant c'est ton tour. Qu'est-ce que tu veux dessiner ? Jorge ne sais pas. La barre est trop haute. Il prefere quand c'est moi qui dessine. Bon. Tu veux que je te dessine quoi ? Ses yeux parcourt la piece a la recherche d'une idee. Ils se posent sur le frigidaire. Un pollito. Un pollito ? Que es ? Il me montre le poussin. Va por un pollito. Je pourrais dessiner un mouton ou un avion a cette petite tete brune, mais un pollito, c'est bien aussi. Le temps passe. Je dessine un mouton et bien d'autres choses encore. Ca fait briller les yeux de Jorge. Mayra, la maman, traficote toujours son telephone portable. Bon, maintenant c'est toi qui dessines. Je le prends sur mes genoux. Qu'est ce que tu vas dessiner ? Manque d'imagination. Ses yeux parcours une fois de plus la piece. Ils s'arretent sur la table. Le telephone portable de maman... D'accord. Ca vaut bien un avion. Jorge s'applique. C'est qu'il y a beaucoup de touches. Il n'en oublie pas une. La porte d'entree s'ouvre. Son oncle me tend une main noire de travailleur. Il est beau et s'assoie dans un coin. Il me regarde dessiner avec l'enfant. Il a l'air un peu intimidé par ma presence. J'entame la conversation. Ca eclate en rires. Je dois parler de travers. Les soeurs me clignent de l'oeil. Leur frere a la quarantaine et pas de femme. L'ours en a assez. Il se leve et va rejoindre sa taniere. Je le retrouve entrain d'allumer le poele dans ma chambre. Il  termine sa besogne et disparait par une echelle.

    Buenas tardes ! La grand-mere, le bras dans le platre, et une autre tante debarquent de Chichuahua. Elles ont les bras chargés de nourritures. Tortillas, quesos, frijoles... La bas, c'est moins cher. Un petit cousin revient de l'ecole. On mange un bout. Oeufs, tortilla et frijoles, relevés de piment, ca va sans dire. Grand-mere est fatiguee par sa journée en ville. Elle part dans sa chambre. Le cousin a école le lendemain. C'est l'heure de se coucher. Je suis le mouvement. Je traverse la premiere chambre. Grand-mere
    regarde la TV. Elle est seule dans un grand lit. C'est le privilège de l'âge. Les deux cousins dorment dans le lit d'à coté, avec leur tante/mere qui ne va pas tarder a venir les rejoindre. Buenas noches. Buenas noches. Je ferme la porte derriere moi. Je dois partager mon lit avec Pati. Mayra va dormir avec le petit Juan dans l'autre couche. Pati me propose d'aller fumer une cigarette - en cachette - dans les toilettes. Grand-mere n'aime pas savoir que sa grande fille de quarante ans fume. Pati me fait rire avec ses manieres rustres et sa grande gueule de fille du Nord. Alors je l'imite. Ca la fait marrer. Et peter. Il est vrai que les frijoles sont explosifs. Mon ventre en est tout gonfle.
    Les trois soeurs son tres intriguées par la taille de mes sacs. Elles veulent savoir ce que j'ai dedans. Je leur fais un inventaire. Elles s'exclaffent en voyant la quantite d'affaires que je trimballe. Mon attirail de routarde leur fait ouvrir grand les mirettes. La lampe qui se recharge a la main, le kit de couvert-ouvre-boite en un seul bloc divisible, le matelas auto-gonflant... Elle veulent absolument voir mes sous-vetements francais. Les meilleurs sont restés à la maison mais j'ai quand meme de quoi ravir leurs pupilles mexicaines. Je leur fait des petits cadeaux, des bricoles dont je n'ai pas trop l'utilité : de la cire à épiler pour la plus coquette, du parfum pour la plus gourmande, et je ne sais plus quelle fringue pour Pati. Elles sont ravies.  Mayra,
    qui depuis mon arrivée s'exclame, a chaque nouveau arrivant : et regarde-moi ce cul ! (enfin, elle a eu le bon gout de s'abstenir quand son frere est arrive) a pitie de mon posterieur  qui n'a plus de jean descent pour se revetir (le mien est severement dechire a la jambe). On me sort du placard une paire de jeans. La plus forte m'explique que ca date de quand elle etait jeune et mince. Va-y, essaie les. Je dois faire un defiler. Ca siffle et ca s'eclaffe. Quel beau cul ca te fait ! Non mais regardez moi ca... Va-y, tourne toi. Non, vers  Pati, qu'elle voit. A l'unanimité ca me va bien. Ce qui est rare pour un jean. Demain, tu porteras celui-la. Et qu'est ce que tu vas mettre en haut ? Et moi je te coifferais. Non, celui ira mieux. Et tu te maquilleras, comme sur ton passeport. Et on te prendra en photo.  J'ai sourit et j'ai dit oui. Comment aurais-je pu dire non a ces trois petites filles toute excitées a l'idee de jouer a la poupee avec une vraie francaise ?
    On a eteint la lumiere. Pati, m'a honore d'un serie de pets sous la couverture. Bah, quoi, c'est naturel, non ? Qu'a cela ne tienne. Je declare la competition ouverte.  Mayra pianote toujours avec son telephone portable. Elle envoie des messages a son cheri, le pere tu petit juan qui dort a cote d'elle. Il est militaire et la fait vivre, elle et les deux enfants. Jorge est issu d'une autre aventure.
    Pati me montre des video sur son telephone portable. Des danses super, super chaudes. Je trouve ca un peu genant mais elle, ca la fait rire aux eclats. 
    Mayra fait office de Juke-boxe.  Pati vit seule. Elle a deux amants et une grande fille qui va bientot etre mere. Je n'ai pas bien compris ou elle vivait. Nous finissons par nous calmer et nous endormir.

    Aujourd'hui, j'ai droit a une douche chaude. La facon de m'annoncer la nouvelle me laisse croire que c'est un luxe que l'on m'offre. Jorge, du haut de ses sept ans, amene le bois.  Il m'aide a allumer le feu dans le poele de la salle de bain, qui sert de chauffe-haut. Grand-mere vient jeter un bout de bois resineux dans le foyer. Ca embaume la salle. Je savoure mon eau chaude comme il se doit. Puis je me vetis du jeans que l'on voulait me voir porter. Je me laisse coiffer sans grimacer. Deux tresses qui partent de mes tempes et filent le long de mon crane pour se terminer au milieu de mon cou.  Rien a faire avec ma frange trop courte, elle tombe sur mon front, voila tout.
    Ma coiffeuse n'a qu'un fils. Elle se serait bien amuser avec une petite fille.

    Pour Pati, c'est jour de lessives. Les trois gros sacs apportés hier sont remplis de linge sale, celui de son autre soeur qui habite au fin fond des montagnes, dans un village sans eau courante, avec ses enfants. La vieille machine lave mais n'essort presque pas. Pati remonte ses manches et tort le linge. Ca n'en fini pas. Il y a bien six machines a faire. Pati a ouvert la porte de la chambre pour que laSanJuanito 03 machine puisse se vidanger dans le jardin. Armé d'un balais, Jorge aide l'eau savoneuse et sale a s'evacuer dans la rigole en terre. Une fois arrivée a la barriere, il sort de la maison et poursuit son travail de l'autre cote, avec le chien qui se gratte les puces, les hommes qui palabrent, les petits qui jouent et la voisine qui etend son linge.
    Je dessine, cette fois en couleur,  Juanito, a partir d'une photo du cellular de Mayra.  on ecoute une musique que je trouve super chouette. Romantique mais vibrante et gaie. C'est religieux me dit-on. Ah! Bon. Pour finir la cousine ne vient pas. Mayra me propose d'aller avec elle a Cuauhtemoc, ou elle habite. C'est une assez grande ville, entre San Juanito et Chichuahua. Je peux dormir chez elle le temps que je veux. J'attends la reponse d'une ferme pour travailler. Sa porposition tombe bien. Jorge est ravi. Je m'embarque dans la voiture d'une connaissance venu nous chercher. Mise a part que le chauffeur tient absolument a ce que je lui montre mes seins (il est intrigué par leur couleur), et mise a part le fait qu'il ne cesse de me poser des questions tres porté sur la chose, le voyage se passe bien.
Par Delphine C - Publié dans : Fiche etape
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Rechercher

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus